Un livre apporte au lecteur sa propre histoire.
Alberto Manguel (Une histoire de la lecture, trad. Christine Le Bœuf)

On peut reconstituer la vie d'un lecteur d'une infinité de manières :
en étudiant l'ordre des livres dans sa bibliothèque,
en faisant l'inventaire des ouvrages empilés sur sa table de chevet,
en déchiffrant les notes qu'il a griffonnées dans les marges,
telles les pistes d'un animal dans la forêt.

Alberto Manguel (La bibliothèque de Robinson, trad. Charlotte Melançon, p.9, L'écritoire-Leméac, 2000)

Juger de la valeur d’un livre révèle plus de nous-même que de l’œuvre.

Je peux respecter une œuvre pour son intégrité, son érudition, parce que j’aime son écriture, parce que c’est un classique exaltée par les milieu universitaire, auréolée par les prix littéraire, acclamée par les média mais aussi parce j’admire sa grande popularité, parce que ce livre est « in », parce qu’Oprah l’a encensé.

Certains livres nous font peur. D’autres nous dégoûtent, nous laissent indifférent, nous agacent, nous ennuient.

Quelques-uns nous perdent dans des méandres d’incompréhension, d’absurdités, d’incohérence ou bien nous guident vers des lieux inconnus, exotiques, fantaisistes, imaginaires, des endroits où nous n’avons aucunement le goût ni l’envie d’aller.

Mais tous révèlent une part de nous-même. Notre jugement, notre appréciation ou notre rejet d’un livre dévoilent notre personnalité mais aussi une part obscure que nous préférons parfois laisser dans l’ombre. Nos choix de lecture traduisent souvent nos intérêts, nos inclinations, nos préoccupations, nos curiosités, notre histoire mais ils trahissent aussi nos aversions, nos peurs, nos phobies, nos ressentiments, nos antipathies, nos préjugés, nos limites, nos refus.

Chacun de nous sommes un univers indéfini, inconnu, un prisme aux innombrables facettes. Lecteurs, nous captons les milliers de reflets que nous proposent les auteurs. Nous nous approprions leurs personnages avec leur vécu, leurs souffrances, leurs réflexions, leurs bonheurs, leurs joies. Des auteurs, nous emmagasinons, métamorphosons énergie, savoir, pensées, connaissances. Nous amalgamons leur cheminement et leur prise de conscience au nôtre. Nous nous transformons. Et nous réfléchissons dans diverses directions l’image de ce que nous croyons être.

Lire est dangereux parce qu’il libère. Certains les livres entrouvrent des portes que l’on croyait fermées à jamais et ouvrent tout grand des tiroirs qu’on avait oubliés. Cela implique toujours une réflexion sur soi, une révolution et une libération.

Nicole Labelle

Plus que toute autre création humaine,
le livre est le fléau des dictatures.

Alberto Manguel (Une histoire de la lecture, trad. Christine Le Boeuf)